Unreleased #1 – Cinquième partie

Ils arrivèrent devant la Twingo, le conducteur rentra et ouvrit la porte passager à son copilote car cette dernière était cassée. L’un d’eux prit son iPhone pour lancer Waze. Cette fois-ci, c’était au tour du passager de choisir l’endroit, direction 57 rue de Courcelles. Dans la voiture résonnait de nouveau un album de rap, Feu, sorti quelques années auparavant, une sorte d’échauffement avant la sortie prochaine du nouvel album de son auteur, Nekfeu. Ils continuèrent de discuter sur fond de poésie.

« Une pure dinguerie, j’arrive pas à croire que des culs de la télé nous sortent que le rap c’était mieux avant, que ce genre d’artistes, c’est de l’édulcoré.

— Laisse tomber mon gars, dit l’autre, l’ouverture d’esprit c’est pas trop le genre de la maison à Paname. »

C’était dur à croire, même pour eux, que cette ville qui resplendissait le soir avec ses réverbères, certains éclairant à peine, donnant un air mélodramatique à un simple passage dans une ruelle, pouvait, par moment, les dégoûter à ce point. 

Paris est ensorcelante. Par instants, en regardant ses rues, ses pavés et ses façades, on commence petit à petit à se laisser prendre par une sorte de douce nostalgie, comme si la ville réveillait en nous des souvenirs mélancoliques que l’on aime se remémorer pendant des moments solitaires. Conduire dans Paris était stressant, mais un simple regard en direction des ponts reliant les deux rives ou vers cette vieille dame de fer et, tout de suite, le coup de volant se faisait plus léger. Il repensait à elle, à leurs promenades sur les quais près de l’Hôtel de Ville, se dirigeant vers Saint-Martin. À l’ambiance festive et enivrante des chaudes soirées d’été durant lesquelles la mairie installe ce que lui appelle des chiringuitos, des bars de plage éphémères, qui dans ce cas, sont parisiens. Elles avaient été nombreuses, main dans la main ou enlacés, leurs yeux scintillant d’amour pour l’autre à l’image de la Tour Eiffel qui scintille de mille feux le soir. Il avait été heureux et maintenant il fuyait sa « future ancienne » vie qu’il avait ici, laissant ses amis et sa famille derrière lui, sans se retourner. Il savait que ces années avec elle l’avait marqué, il ne voulait plus redécouvrir ces lieux ni réapprendre à partager ses émotions avec une nouvelle personne. Il était lassé de cette vie, parisienne.

Ils entraient sur la rue de Courcelles. « Gare-toi là franjo, on est arrivés », lança le passager au conducteur. Il vira à gauche, se rangea près du trottoir et ils sortirent de la voiture. Devant eux se dressaient de grandes vitres qui révélaient l’entrée éclatante d’un hôtel de luxe. D’énormes lustres en cristal étaient au plafond et inondaient de lumière la parcelle de rue donnant sur cette entrée. En grosses lettres illuminées, dominant les allées et venues des clients empruntant l’énorme tourniquet, était écrit « L’Hôtel du Collectionneur ». Le passager avait fréquenté le bar de l’hôtel plusieurs fois et il souhaitait faire découvrir cette ambiance chill à son ami. Ils passèrent le portillon d’entrée et prirent directement à droite vers le bar.

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