Unreleased #1 – Première partie

« Putain mon frère, fais gaffe s’il te plaît quand tu fais ce genre de dinguerie, merde, s’offusqua-t-il.

— Quoi ? répondit-il nonchalamment, de quoi tu parles ? conclut-il en souriant.

— Ah, fais pas semblant en plus, tu sais bien que tu me fais flipper dans cette caisse-là, joue pas au cul, ajouta le passager. 

— Ouais je sais… je sais, désolé mais vous me faites rire à chaque fois à avoir peur dans ma Twingo. Mais je la connais cette bagnole, tous ses angles je les connais t’inquiète pas », argumenta-t-il sans chercher un quelconque succès puisqu’il savait pertinemment qu’il lui arrivait, par moment, de conduire comme un manche. « Mais t’inquiète, je vais rouler moins près des caisses promis. »

Déjà cinq ans qu’il la conduisait cette voiture. Une Twingo couleur aubergine, selon sa conception des couleurs, première génération du modèle soit vingt-cinq années de bons et loyaux services au moment où son ami se plaint de sa conduite. « Un futur collector mon pote, crois-moi, dit-il. »

Ils roulaient dans Paris depuis à peine cinq minutes, après avoir passé le rond-point de Porte Maillot qui était en chantier depuis un petit moment, un énorme bordel routier en somme. Déjà quelques coups de klaxons comptabilisés et deux, trois insultes lancées vitres fermées, un vendredi soir assez similaire aux autres en fin de compte.

Les lumières de Paris scintillaient sur la carrosserie de la voiture et le conducteur voulait déjà s’arrêter pour pouvoir les contempler autant qu’il le souhaitait. En remontant l’avenue de la Grande Armée vers le rond-point de l’Étoile, le petit coup de stress se faisait sentir chez le conducteur mais surtout chez le passager. 

« Tu veux que je t’aide mon frère pour le rond-point ou quoi ? demanda le passager.

—Non tranquille, j’ai ma petite technique que m’a apprise mon moniteur, rester à droite de la ligne bleue. 

— Non mais t’aimes trop ta ligne bleue alors que c’est une galère, tu dois constamment vigiler ta droite et ta gauche, c’est chiant.

— Vigiler hein ? dit-il en souriant.

Ils rigolèrent, ce qui eut comme effet de dissiper quelque peu cette atmosphère semi-stressante due au fameux giratoire de l’Étoile. Au fond de lui, il savait que l’Étoile n’était pas un problème. Deux, trois coups de tête à droite et à gauche et le tour était joué. En fin de compte, ce qu’il aimait lorsqu’ils l’empruntaient ensemble, c’étaient ces moments, leur petite complicité. Ce n’étaient pas de simples petits moments de rigolade, mais bien des marques d’affection qu’ils avaient l’un envers l’autre. C’était surtout leur manière de montrer à chacun qu’ils se connaissaient. Le fait de si bien se considérer leur permettait de pouvoir embêter l’autre sans l’offusquer. 

Ils prirent la sortie de la rue de Wagram en direction de Ternes, il lui demanda une nouvelle fois dans quel genre de restaurant il était en train de l’embarquer. Il donna encore une réponse évasive pour le faire patienter.

À Ternes, ils continuèrent sur le boulevard de Courcelles, puis tournèrent deux fois à droite pour atterrir rue Daru, une petite ligne droite connue pour sa belle église orthodoxe, un peu cachée par de petits immeubles. 

« On va au Daru, c’est russe, ça te va non ? dit-il sur un ton vainqueur.

— T’aimes trop me mettre devant le fait accompli à chaque fois qu’on bouge manger sur Paname. En plus, tu sais que la bouffe russe, c’est pas mon délire.   

— Attends, attends, je demande si y’a de la place. Si y’a, on s’installe et tu vas kiffer et si y’a pas, on part sur un autre continent plus au sud, t’es chaud ? dit-il.

— Vas-y, dans tous les cas tu vas pas me lâcher avec tes lubies de bouffes exotiques, donc va demander, on avisera ensuite », dit-il découragé par l’envie d’évasion de son ami.

Il rentra vivement dans le restaurant. Il en sortit tout aussi rapidement. « Arf, plus de place. Tant pis, go à place de Clichy, tu vas kiffer c’est sûr », lança-t-il avec engouement.

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