Unreleased #1 – Troisième partie

La décoration sur le mur de droite se composait d’étagères, occupées par d’innombrables bouteilles d’alcools argentins, allant de 75cl de vins blancs ou rouges à de petites bouteilles en verre ambré avec une étiquette argentée et bleue de la fameuse bière argentine, la Quilmes. Accompagnant toutes ces sortes de bouteilles, des paquets de maté et de dulces argentinos étaient disposés de part et d’autre des étagères.

Le mur opposé, auquel était adossé l’un d’eux, était établi d’une simple façade en tôle gris métallique sur laquelle on avait bricolé une étagère, une simple planche de bois, où l’on trouvait des bouteilles, des petits cactus et des paquets de maté Amanda

La carte, quant à elle, se fondait dans ce décor pittoresque et simple. Elle présentait, sur le recto, principalement des empanadas ainsi que deux menus qui variaient selon le moment de la journée, tandis que sur le verso se trouvaient les tartes et petites pâtisseries accompagnées d’un humble emplacement assigné aux vins et boissons non alcoolisées. Tout cela présenté sur une feuille attachée à une plaquette en bois par deux arceaux métalliques.

Ils commandèrent deux Quilmes qu’ils accompagneront de deux empanadas chacun, végétariennes pour l’un, composées de viandes pour l’autre. On leur apporta leurs bières et ils trinquèrent. 

« À cette nouvelle vie que tu vas avoir mon frère, commença-t-il. Je suis fier de toi, vraiment.

— Ouais, on verra bien ce que me réserve ce nouveau pays mais, c’est vrai, ça me fait plaisir de bouger d’ici, dit-il. Je crois que c’est bon, j’ai atteint une sorte de limite, tu vois ?

— Je comprends tout à fait, je pense que t’as fait le bon choix dans tous les cas.

— Bon, je ne sais pas, dit-il modestement, mais au moins j’ai suivi mon envie. »

Un léger moment de flottement s’installa entre les deux, moment durant lequel se notait une sorte d’amertume vis-à-vis de la distance qui allait s’installer entre eux. 

« Et de ton côté alors ? Tu as réfléchi à quelque chose ? demanda le futur expatrié.

— Hum… me remettre un peu en selle pour commencer, et puis va falloir que je commence à songer sérieusement à monter ma boîte.

— T’as une idée ?

— Non pas vraiment… faut que je me pose un peu avant.

— Mais tu en as vraiment envie ? lança-t-il.

— Envie ? Pff, être son propre patron, c’est pas ce qui nous anime en notre for intérieur depuis pas mal de temps déjà ? rétorqua-t-il.

— Si, ne plus dépendre de personne, te dire que si tu ne te lèves pas, c’est la merde.

— Oui, bah en fin de compte même ça je me pose des questions, en ai-je vraiment envie au fond ? » 

C’était une question qu’il se posait souvent en effet. Être son propre boss, ne rien devoir à personne si ce n’est à soi-même, prendre soin de ses proches, etc. etc. Ce n’étaient pas un peu des conneries tout ça en fin de compte ? 

Le monde du travail l’avait broyé à un moment donné de sa vie. Il y eut un temps où il se laissait bercer par la vie de salarié, jeune cadre dans une boîte considérée comme « grosse », une bonne situation en somme. Sauf que la vie et certaines personnes en décidèrent autrement, une sorte de piqûre de rappel pour ne pas oublier ce à quoi lui et son pote aspiraient vraiment. Il s’est avéré qu’un jour, son boss lui joua un bien mauvais tour en décidant de prendre sa voiture de fonction, puis de lui faire croire qu’on lui avait volée. Le couac, dans la boutade de ce monsieur, était que notre ami le soupçonna très fortement d’être l’auteur du soi-disant larcin. En effet, le bougre décida de chiper la caisse pendant un dîner entre collègues ; malheureusement, le parking du restaurant où ils se trouvaient possédait des caméras de surveillance, ce que notre ami découvrit rapidement.

Il se rendit dans le restaurant, parla au propriétaire et put accéder aux enregistrements. La suite est passée à postérité. 

Il visionna les vidéos et reconnut bien évidemment l’auteur des faits ; le problème étant qu’au même moment, le propriétaire du restaurant reconnut lui aussi le plaisantin qui se révéla être un bon copain. Bien entendu, le propriétaire ne donna aucun indice sur sa relation amicale à notre lésé.

Ce dernier alla déposer plainte, puis revint le lendemain avec les forces de l’ordre. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il entendit le propriétaire du restaurant dire aux policiers qu’il ne possédait pas d’enregistrements vidéo, que les caméras étaient là pour « dissuader les malintentionnés ». Il crut bondir sur lui pour lui casser la gueule mais, au lieu de ça, il réussit à se contenir, du moins à ne pas insulter tous les participants à cette mascarade, et s’attaqua au complice. Les policiers réussirent à le retenir mais, seulement, ne prirent pas position ; juste des notes de ce qu’il venait de se passer. La plainte était déposée, mais à quelles fins ? 

S’ensuivirent des mois de procédures, policières peut-être mais surtout internes, des plaintes déposées aux ressources humaines, des arrêts maladie à répétition et puis enfin, au bout de six ou sept mois, une once d’espoir.

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